La classe mutuelle réinvestie

Le 14 octobre dernier, à Paris, dans le cadre des conférences de l’ISP-faculté de pédagogie, Vincent Faillet, professeur en lycée et doctorant en sciences de l’éducation, a montré comment, en faisant bouger les rôles maître/élèves dans la classe, on pouvait révolutionner la pédagogie.

 Noémie Fossey-Sergent

Que se passe-t-il quand on change la façon de faire classe ?, s’est demandé Vincent Faillet, doctorant en sciences de l’éducation à l’université de Paris, lors d’une visioconférence suivie par plus d’une centaine de personnes, le 14 octobre dernier (cf. encadré). Ce professeur agrégé de SVT en lycée a rappelé qu’avant 1833, trois types d’enseignement coexistaient. L’enseignement individuel était le plus répandu : le maître faisait classe à des élèves d’âges et de niveaux différents et il appelait chacun d’eux à son bureau pour lui faire cours, tandis que les autres devaient travailler
en autonomie. « Cet enseignement ne fonctionnait pas sur le plan pédagogique : il entraînait souvent du chahut et du désœuvrement », résume Vincent Faillet.
Deuxième type d’enseignement : le simultané. Expérimenté par Jean-Baptiste de la Salle à la fin du XVIIe siècle, il repose sur l’idée que le maître transmet son savoir à des élèves supposés de même niveau. C’est le modèle de la salle de classe tournée vers le maître.
Le dernier type est celui de l’enseignement mutuel. Des élèves-moniteurs plus âgés travaillent en îlots avec des élèves de niveau moins avancé.

Les défenseurs des enseignements simultané et mutuel se faisaient alors la guerre à coup de pamphlets, mais après 1833, c’est le simultané qui triomphe. Il est choisi par François Guizot, alors ministre de l’Instruction publique. Durant cette même période, des voix s’élèvent pourtant contre ce choix, comme celle d’Henri Marion, philosophe et pédagogue, qui avance que ce n’est pas parce que le maître parle que les élèves l’écoutent et apprennent. En découlent de premières innovations : l’arrivée de la télévision dans la classe dans les années 1950, puis du rétroprojecteur en 1960 et enfin du numérique dans les années 1990. Pour autant, remarque Vincent Faillet, sur le fond « rien n’a changé, la forme scolaire est restée figée ». Pour lui, il faut ajouter le groupe ! C’est ce que propose le tétraèdre de Faerber qui décrit un modèle pédagogique fondé sur les rapports entre ces quatre pôles.

 

Des tableaux sur tous les murs

Un équilibre que Vincent Faillet a pu tester en menant en 2015 avec sa classe de Tle une expérience inédite qui associe les trois types d’enseignement. Sur une initiative des élèves, l’espace a été chamboulé. Le tableau est devenu le centre de la classe. Les élèves ont pris l’habitude d’y travailler à plusieurs. Très vite, un seul tableau n’a plus suffi. L’établissement a dû en commander d’autres pour en tapisser les murs ! Le cours s’est alors articulé ainsi : une phase simultanée de cours magistral, suivie d’une phase mutuelle où les jeunes travaillent entre pairs debout face aux tableaux. L’enseignant circule, observe et réexplique à des élèves, individuellement « pendant vingt, trente, voire quarante minutes si besoin ».

Enfin, une phase de bilan au cours de laquelle les lycéens commentent leurs réalisations et prennent en photos les tableaux des autres. Cette aventure appelée « classe mutuelle » a permis un triple investissement, selon le chercheur : « Tout d’abord un investissement pédagogique : tout dans la classe devient support de pédagogie. Puis un investissement corporel : je mobilise le corps, les élèves bougent et c’est important pour eux. Et enfin, un investissement social : on n’apprend plus seul, mais avec les autres. » Un apport essentiel quand on sait à quel point coopération et communication sont des compétences clés pour les générations futures.

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