« L’avenir est au lycée des territoires ! »

À l’occasion du Salon de l’Agriculture du 22 au 28 mars 2020, le Cneap a plaidé pour une diversification du lycée professionnel, appelé à intégrer l’apprentissage et toujours davantage de services aux territoires.

Aurélie Sobocinski

Le président du Cneap, François Paliard, entouré de son secrétaire général, phlippe Poussin (dr) et du secrétaire général de l'Enseignement catholique, Philippe Delorme. ©AS

"Il faut ouvrir les possibles, diversifier l’activité de nos établissements pour répondre aux besoins des territoires! Nous sommes convaincus que l’avenir des lycées agricoles -et professionnels en général- ne repose pas sur la seule formation initiale scolaire dont on voit bien aujourd’hui les difficultés à se développer. » Tel est le message qu’ont souhaité porter avec force François Paliard et Philippe Poussin, respectivement président et secrétaire général du Cneap, lors du grand rendez-vous annuel des acteurs du monde agricole et rural au salon de l’Agriculture porte de Versailles à Paris le 27 février dernier.

Confronté à l’érosion continue de ses effectifs en formation initiale par voie scolaire (-580 élèves à cette rentrée), toutefois compensé par une hausse remarquable de ses apprentis (au nombre de 4600 à cette rentrée, soit 10% de l’effectif total du réseau), le Cneap cherche de nouvelles voies de développement. La baisse des moyens attribués par le ministère de l’agriculture (-60 ETP pour l’enseignement agricole au budget 2020 dont -25 ETP pour le privé) complique encore la donne, alors que le paysage de la formation professionnelle connaît une mutation profonde depuis la Loi Avenir professionnel de septembre 2018. Face à cette conjoncture, les représentants du Cneap voient dans l’élargissement du périmètre d’action des lycées agricoles privés à l’apprentissage et à la formation continue tout au long de la vie, un moyen d’assurer leur pérennité dans des territoires périurbains et ruraux.

Partie prenante de la dynamique de reconquête des effectifs initiée par le ministère de l’Agriculture et co-organisateur avec Renasup du Salon des formations et des métiers d’avenir ExcellencePro les 12 et 13 mars prochains au parc des expositions de La Villette (Paris), le Cneap mise aujourd’hui sur plusieurs pistes d’avenir.

S’agissant de la formation initiale, dont le ministère a prévu d’engager la rénovation en 2021, Philippe Poussin plaide pour la création de nouveaux diplômes. Cela permettrait de « rajeunir le secteur », en lien avec les questions environnementales (gestion du traitement des déchets, agriculture urbaine etc.) et davantage encore avec les besoins exprimés par le monde professionnel.

Le Cneap appelle aussi de ses vœux un travail de refondation des filières de formation basées sur la réalité des filières professionnelles. Il aimerait par exemple que se tissent des liens entre des formations comme celles de fleuriste et d’horticulteur, aujourd’hui séparées car relevant de ministères de tutelles différentes (Education nationale et Agriculture).

Convention collective :
vers une reprise du dialogue ?

Le Cneap a fait part, à l’occasion du Salon de l’agriculture, de sa volonté d’une reprise du dialogue social la plus rapide possible en vue d’aboutir à une convention collective de substitution pour les personnels. Le précédent texte conventionnel et l’accord sur l’aménagement du temps de travail ont été dénoncés en novembre dernier par les deux organisations patronales (la FFNEAP, fédération familiale nationale de l’enseignement agricole privé et le GOFPA, groupement des organismes de formation et de promotion agricole) de la branche professionnelle qui réunit principalement les salariés des établissements du Cneap et l’Unrep (éducateurs, formateurs, métiers support, enseignants en contrat de droit privé …), en raison de différences profondes d’approches sur l’évolution des établissements d’enseignement agricole privé. « Ces textes datent de 10 voire de plus de 20 ans, à une époque où l’activité des établissements était quasiment exclusivement centrée sur les formations initiales sous contrat avec l’Etat -ce qui ne correspond plus à la réalité aujourd’hui, explique Catherine Debrun-Esparre, secrétaire générale de la FFNEAP (Fédération familiale). L’heure est à la diversification de l’activité de nos lycées notamment via le développement de l’apprentissage et de la formation continue si l’on veut pérenniser nos structures et garantir tant l’avenir que l’emploi au sein du réseau. C’est le sens du projet du CNEAP 2018-2023.» La FEP-CFDT de son côté estime cet objectif « plus que discutable » dans un communiqué de presse en date du 21 février : « Ce sont les formations initiales qui doivent évoluer. » L’organisation syndicale majoritaire au sein du Cneap s’inquiète des conséquences possibles en particulier sur les missions des enseignants. Pour l’heure, la dénonciation des textes conventionnels est sans incidences sur les personnels -ces derniers continuant à s’appliquer pendant un délai dit « de survie » de 15 mois. Selon Catherine Debrun-Esparre, les organisations patronales souhaitent avec les organisations syndicales une reprise des négociations qui s’inscrira dans le cadre d’une commission mixte paritaire sous l’égide de l’administration. Le ministère de l’Agriculture a été contacté en ce sens par la FFNEAP et le GOFPA.

Autre chantier crucial : approfondir l’engagement des lycées agricoles catholiques au service des territoires comme le promeut le projet 2018-2023 du Cneap. « L’un de nos objectifs est de faire de nos établissements de véritables centres de ressources pour les territoires. Le lycée pro du futur doit pouvoir proposer des filières de formation tout au long de la vie -initiale ou continue, par voie scolaire ou en alternance- qui se prolongent au sein-même de l’établissement par l’exercice d’un service concret !», complète Philippe Poussin.

C’est en ce sens que les établissements du réseau travaillent déjà au développement de crèches d’application pédagogiques, de magasins solidaires, de conciergeries d’entreprise… et qu’un lycée -Les Buissonnets à Angers- se prépare à une réorientation profonde de ses activités à l’horizon 2022 (lire l’encadré). Un travail précurseur, que le Cneap souhaite voir pleinement intégré dans la réflexion prospective de l’Enseignement catholique.

Enfin, pour renforcer sa contribution à l’objectif partagé avec le ministre Didier Guillaume de reconquérir des effectifs, le président François Paliard a réitéré durant le Salon, sa demande de moyens d’évolutions pour les centres de formation du Cneap, qui se heurtent à des difficultés persistantes lors des demandes d’ouverture de classes ou d’établissement.

 

Florence Machefer, directrice de Les buissonnets ©AS

Un lycée du futur à Avrillé

Quoi de commun entre une crèche d’application, un centre de loisirs, un magasin de producteurs locaux, un habitat partagé réunissant des personnes âgées et des étudiants ? Tous ces services seront intégrés au sein du nouveau lycée des Buissonnets, aujourd’hui à Angers, et bientôt à Avrillé (49). Trop à l’étroit dans ses locaux du centre-ville pour accueillir des effectifs en progression (+ 70 élèves en 5 ans !), ce lycée agricole spécialisé en vente et services à la personne doit s’installer pour la rentrée 2022 à 5km de là, au cœur d’un nouveau quartier. Pour bien marquer l’identité agricole des nouveaux lieux, un projet de maraîchage bio sera développé aussi sur son toit. « Nous voulons que notre lycée soit un acteur engagé dans l’animation et le développement du territoire, en devenant un pôle de compétences où les apprenants puissent se former au cœur des réalités professionnelles et économiques de leur futur secteur d’activités », explique Florence Machefer, la chef d’établissement qui a étroitement associé l’équipe du lycée et les partenaires locaux à la conception du projet, dont le budget de 12M€ sera financé pour moitié par la Région. « En concentrant à la fois de la formation initiale par voie scolaire et par apprentissage, de la formation continue et une multitude de services en lien avec ces formations, ce lycée du futur irrigue par son projet tout un territoire ! », se réjouit Philippe Poussin, secrétaire général du Cneap, qui encourage toutes les équipes du réseau à travailler dans cette direction aujourd’hui.

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