Les psys à l’écoute du corps

Parce que les élèves s’expriment autant avec leur corps qu’avec des mots, les psychologues de l’enseignement catholique, réunis au sein de l’Anpec, lui ont consacré leur session annuelle de formation.

Les participants à la session 2018 de l'association nationale des psychologues de l'enseignement catholique, à Notre-Dame-de-l’Ouye (91)

Depuis ces enfants qu’on leur adresse parce qu’ils n’arrivent pas à tenir tranquille en classe jusqu’à l’effervescence hormonale de l’adolescence… les corps des élèves se sont invités cette année… jusqu’à la session annuelle de l’association nationale des psychologues de l’enseignement catholique dédiée à « ce vecteur d’expression des élèves ».
Soucieux d’articuler plus étroitement ce temps de formation aux situations de terrain, quelque 50 praticiens, réunis à Notre-Dame-de-l’Ouye, près de Dourdan (91), du 19 au 21 septembre 2018, se sont en effet interrogés sur « ce que le corps dit à l’école, ce que l’école en dit et quelle lecture en fait le psychologue de l’éducation. »

Les scarifications, phénomène en forte augmentation chez les collégiennes, un ado qui entre en spirale addictive, une autre qui souffre d’anorexie… Des ateliers en forme de vignettes cliniques inspirées du quotidien des participants ont fait écho aux apports des experts invités. « La pédopsychiatre Nicole Catheline a apporté un éclairage précieux sur le corps malmené et même le corps qui se dérobe, en référence aux cas de phobie scolaire, qui, nous laissent très démunis face à l’absence », apprécie Florence Nicot, de l’Anpec Ile-de-France, un des membres de la section organisatrice de la session.

Dysphories et scarifications

Les interactions avec le psychologue François Marty, qui est intervenu sur le corps sexué, ont beaucoup concerné l’émergence, de plus en plus précoce, de dysphories de genre : ces jeunes filles ou garçons qui peinent à s’approprier voire refusent leur identité sexuelle. « Globalement ces intervenants nous ont repositionnés dans notre rôle de psychologue, nous interpelant sur l’importance de prendre du recul plutôt que de nous focaliser sur le traitement urgent des symptômes qui dérangent », relève Marie-Agnès Brethé, présidente de l’Anpec.

Se focalisant sur l’adolescence, période de bouleversements non verbalisables où le corps prend donc les commandes, le pédopsychiatre Patrice Huerre, en ouverture de la session, insistait déjà sur l’importance « de réinscrire les troubles dans l’histoire de l’enfant voire dans celle ses parents, car montrer ainsi qu’ils sont surmontables peut être vecteur d’espérance. »

Les membres du bureau de l'Anpec, avec Marie-Agnès Brethé, sa présidente, en haut à gauche.

Resituer les pulsions violentes dans les étapes de développement du jeune permet aussi de rappeler la permanence du besoin de contenance et de dédramatiser certains comportement comme l’automutilation qui n’ont pas la visée destructrice que nos lectures d’adultes leur prêtent mais servent plutôt à explorer les limites et à stimuler la sensorialité.

Techniques respiratoires, danse thérapie ou encore usages du numérique et des jeux vidéo comme outil de médiation… Les participants ont aussi apprécié de pouvoir expérimenter des pistes concrètes pour développer des modes d’expressions alternatifs chez les jeunes : De quoi mettre en place des stratégies durables face aux nombreuses sollicitations reçues sur le champ de l’hyperactivité… et devenir ainsi « ces artisans de temps de latence dans un rythme scolaire en accélération permanente », selon les termes de Marie-Odile Plançon, spécialiste du Climat scolaire du Département Education du Sgec.

La sérénité dans les difficultés

C’est dans un climat serein malgré les difficultés de l’année écoulée qu’une grande partie des membres de l’Anpec a tenu à profiter du temps de ressourcement formateur que l’association propose à chaque rentrée : Signalements préoccupants, gestion de crise, soutien à la mise en œuvre des 54 heures dédiées à l’orientation du nouveau lycée… alors que le quotidien des psychologues scolaires ne cesse de s’alourdir, leurs rangs enregistrent une quinzaine de cessations d’activité cette année. « Nous souhaitons bien sûr mettre notre expertise spécifique au service de ces besoins divers et variés sans pour autant nous laisser détourner de notre première priorité : le bien-être psychique des élèves », explique Marie-Agnès Brethé, présidente de l’Anpec qui rappelle que l’enseignement catholique compte un praticien pour 7 000 à 11 000 élèves, en fonction des territoires, alors que les préconisations européennes fixent le ratio d’un psychologue pour 1 000 élèves.

Face à l’ampleur du défi, l’Anpec se félicite du rapprochement qui se poursuit avec le Sgec, matérialisé par une intervention du secrétaire général adjoint, Jérôme Brunet sur la visée éducative de l’enseignement catholique –une histoire d’incarnation qui rejoignait d’ailleurs le thème de la session-. La coopération renforcée entre le Sgec et les psychologues de l’Anpec s’est aussi exprimée via l’élaboration du Programme de Protection des Publics Fragiles qui récapitule les conduites à tenir face à toute forme de maltraitance survenant ou étant survenues dans les établissements. Dans le même esprit les psychologues ont participé à la réactualisation du document « Gestion de crise en milieu scolaire, repères et outils pour le Chef d’établissement » et devraient tenir une journée de formation en lien avec le Sgec d’ici à la fin 2019.

Virginie Leray

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