Le recrutement enseignant en débat

La page débat de l'édition du 15 juin 2018 du quotidien La Croix interroge Yann Diraison, secrétaire général adjoint de l'enseignement catholique sur les moyens de renforcer l'attractivité du métier d'enseignant. Il plaide pour une augmentation de leur rémunération et une ré-organisation de leur temps de service.

 

La Croix – 15 juin 2018

Page Débats : Comment endiguer la crise de recrutement des enseignants ?

 

Yann Diraison, Adjoint au Secrétaire général PÔLE RESSOURCES
Yann Diraison, Adjoint au Secrétaire général de l'Enseignement catholique, an charge du pôle Ressources humaines.

« Augmenter la rémunération et le temps de travail »

 

« On peut passer des journées entières à se demander comment recruter davantage de professeurs Selon moi, il n'y a qu'une évidence qui s'impose: il faut une revalorisation sociale et salariale de la profession. Mais celle-ci ne pourra pas se faire si on ne modernise pas l'organi­sation du temps de travail des en­seignants. Le système actuel est complètement archaïque. Il faut parvenir à un accord honnête. Nous devons accroître les niveaux de rémunération, c'est certain. Mais de l'autre côté, il faut aussi augmenter le temps de travail, ou tout du moins le réorganiser. En clair, il ne faut pas forcément plus de professeurs mais il faut mieux les payer et qu'ils travaillent diffé­remment. C'est le seul moyen d'obtenir une équation budgétaire tenable tout en ayant suffisamment d'enseignants. Demander plus de professeurs tout en exigeant qu'ils soient mieux payés ne marchera pas d'un point de vue financier.

Les professeurs doivent être davantage présents dans les établissements. Aujourd'hui, tout est calculé en fonction du nombre d'heures de cours, avec un volume horaire autour de dix-huit heures par semaine. Sachant qu'une heure de cours demande en moyenne une heure de préparation, le temps de travail équivaut à peu près à trente-six heures. Cependant les enseignants ne sont pas tenus d'être dans l'établissement en de­hors de leurs heures de cours. Or aujourd'hui, les modes d'appren­tissage ont beaucoup évolué, avec davantage d'ateliers, de travaux encadrés et d'accompagnement personnalisé.
Tout cela nécessite une présence accrue. Il ne s'agit pas de doubler le volume horaire de leurs cours, mais d'exiger qu'ils soient un peu plus disponibles dans l'établissement, par exemple pour aider des élèves en difficulté. Certains enseignants le proposent déjà. Mais aujourd'hui cela ne fonctionne que sur la base du volontariat, ils ne sont donc pas récompensés. Cela ne les aide même pas dans l'avancement de leur carrière.

Par ailleurs, nous sommes très favorables à l'idée de réformer partiellement la formation des enseignants. Il s'agirait d'avancer les épreuves du concours à la fin de la licence pour que les deux années de master soient uniquement consacrées à l'expérience pratique. Cela devrait améliorer les compétences de nos professeurs - en revanche, je ne suis pas certain que cela palliera les problèmes de recrutement. Quant à la proposition de« pré-recrutement» évoquée par le ministre de l'éducation nationale Jean-Michel Blanquer, elle ne me convainc pas. Cette idée est développée par les ministres successifs depuis au moins dix ans, sans succès. Nous avons déjà des étudiants qui viennent faire des stages dans les établissements. Cela peut marcher dans quelques cas, mais cela ne résoudra pas le problème de manière structurelle. C'est un pansement sur une jambe de bois qui ne fonctionnera pas si on ne change pas le système entier.»

Recueilli par Lucie Alexandre

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